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Publié : 22 octobre 2020
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In memoriam Francis Goullier

Le 26 juillet 2020 s’éteignait Francis Goullier, germaniste, ancien Inspecteur général de l’Education nationale. Nous nous associons toutes & tous à l’hommage qui lui a été rendu par l’ADEAF et son ancien collègue Norbert Biscons.

Hommage à Francis Goullier [1951-2020]

C’est avec beaucoup de tristesse que nous avons appris le décès de Francis Goullier, Inspecteur Général d’allemand, ancien conseiller aux langues du ministre Jack Lang, expert auprès du Conseil de l’Europe. Longtemps adhérent de l’ADEAF, il a toujours été un militant de l’enseignement de l’allemand dont il connaissait tous les problèmes. Il a toujours été pour l’ADEAF un interlocuteur attentif, sachant exprimer à notre égard ses inquiétudes et ses encouragements.

Il a joué un rôle pionnier pour le développement de la langue que nous enseignons, en primaire comme dans le secondaire, avec des avancées innovantes : le cadre de référence européen des langues, le port folio, la création des classes bilangues pour ne citer que quelques exemples. Et nous n’oublierons pas la conviction qu’il cherchait à transmettre pour nous inciter à nous lancer dans ces aventures ! Il était à l’écoute des problèmes des germanistes et était profondément convaincu que les nouveaux dispositifs (LV en primaire, classes bilangues, cadre de référence, Portfolio…) donnaient à l’allemand le souffle et l’élan dont il avait besoin ; il nous encourageait à transmettre cette motivation aux collègues, tout en étant parfaitement conscient des difficultés sur le terrain.

Nous garderons le souvenir d’une personnalité chaleureuse, modeste qui nous reconnaissait et nous accueillait avec beaucoup de sympathie lors des entrevues à l’Inspection générale ou lorsqu’il intervenait lors de nos AG.

Nous avons demandé à Norbert Biscons, ancien IPR de l’académie de Montpellier d’évoquer pour nous celui qui a été son collègue, mais aussi son ami.

Thérèse Oudet et Jean-Michel Hannequart

Francis Goullier [1951-2020]

Francis Goullier nous a quittés le 26 juillet, entouré de l’affection de son épouse Nancy et de son fils Florian (13 ans), au terme d’une maladie dont il connaissait l’issue fatale dès son diagnostic, établi six mois plus tôt.

Lors de la cérémonie du 30 juillet au crématorium de Reims, la foule nombreuse et les prises de parole de ses amis, de ses anciens collègues de l’inspection générale et du Conseil de l’Europe étaient une preuve ultime de l’estime et de la reconnaissance de toutes celles et tous ceux qui ont eu la chance de le côtoyer et de bénéficier de ses analyses, de son attention, de sa bienveillance, de son amitié.

Professeur agrégé en début de carrière, d’abord au lycée Chanzy de Charleville-Mézières puis au lycée Clémenceau à Reims, Francis Goullier était un pédagogue averti, à l’affût de tout ce qui pouvait faciliter l’apprentissage et les entraînements à ce que nous appelions alors « les quatre compétences », devenues les activités langagières. Très vite remarqué par l’inspection pédagogique régionale, il devint animateur de l’antenne pédagogique d’allemand du CDDP des Ardennes et formateur, avant d’accéder à la fonction d’IPR en 1991, dans l’académie de Reims où il a laissé le souvenir d’un inspecteur dynamique, accessible et bienveillant.

A partir de là, la production éditoriale de Francis Goullier témoigne de ses préoccupations pédagogiques et didactiques : logiciels d’entraînement à la compréhension, très innovants pour l’époque, chez Jeriko, puis la collection « Bahn frei ! », chez Didier à partir de 1994, que d’aucuns qualifieront de « bahnbrechend », avant des publications axées sur la présentation et l’utilisation du CECRL, notamment « Les outils du Conseil de l’Europe en classe de langues – Cadre européen et portfolios » en 2006 et « Les Clés du Cadre – Enjeux et actualités pour l’enseignement des langues aujourd’hui » en 2019.

En 1997, il devient inspecteur général et le restera jusqu’à sa retraite en 2017. La finesse de ses analyses, son sens stratégique allié à un solide engagement européen, qu’il exprime toujours avec une extrême modestie mais une profonde conviction, le propulsent au cabinet du ministre Jack Lang en 2000. Il fut alors la cheville ouvrière de ce plan ambitieux qui mit en avant les cursus bilangues pour favoriser la diversification linguistique en primaire. Francis Goullier était en effet convaincu que la diversification qui ne fonctionnait plus dans le secondaire avait une carte à jouer dans le primaire. On sait ce que ce plan, qui inspira ensuite le protocole de Sarrebruck en 2004, apporta à l’allemand. Pour Francis Goullier, le salut de l’allemand, qui lui tenait à coeur, n’était possible que dans le cadre d’une politique volontariste de diversification linguistique, qui était celle du Conseil de l’Europe dans ce domaine.

Expert reconnu, il était le mieux placé pour représenter la France dans cette instance européenne en charge des politiques linguistiques. Il en fut un acteur essentiel, dont le rôle fut souligné par d’éminents représentants le jour de ses obsèques et dont rend compte l’hommage publié sur le site du Centre européen pour les langues vivantes de Graz (https://www.coe.int/fr/web/education/home).

C’est à lui, à sa volonté de et à sa capacité à convaincre que nous devons l’adoption par la France en 2001 du Cadre européen commun de référence pour les langues, auquel sont désormais adossés les programmes scolaires de langues vivantes. C’est à lui que nous devons la mise en place des certifications, d’abord en allemand dès 2006, puis en anglais et espagnol. C’est à lui que nous devons de nouvelles grilles d’évaluation, notamment pour les épreuves écrites du Baccalauréat.

Grâce à lui, l’allemand a joué un rôle de pionnier dans les évolutions significatives et assurément durables qu’ont connues les langues vivantes.

Ces dernières années, il n’a ménagé ni sa force, ni son temps pour expliquer, dans le cadre de conférences et de publications, ce que pouvait apporter le plurilinguisme non seulement pour les compétences en langues, mais d’une manière plus générale pour la réussite des élèves. Francis Goullier avait une foi inébranlable dans l’école, l’école inclusive. Bienveillant par nature, il répétait volontiers qu’il y avait forcément en chaque être humain, jeune ou adulte, un point d’ancrage pour le faire progresser.

Cette bienveillance, sa modestie (il ne se mettait jamais en avant), sa gentillesse, son humour sont autant de qualités humaines que nous sommes nombreux à avoir observées, éprouvées. Je pense entre autres aux candidats aux concours de recrutement qu’il présidait et qu’il savait si bien accueillir en faisant le maximum pour diminuer leur stress, qui lui rappelait celui qu’il avait vécu lorsqu’il était à leur place. Francis Goullier n’oubliait pas ce qu’il avait été avant d’être ce qu’il était devenu.

Ce travailleur acharné, persuadé que convaincre était bien plus efficace que contraindre, n’oublia jamais l’allemand, dont il répétait inlassablement que cette langue devait jouer le jeu de sa spécificité, à savoir celui de son ancrage dans la relation privilégiée qui unit l’Allemagne et la France, par exemple en mettant les élèves, dès le début de l’apprentissage, en contact régulier avec de jeunes Allemands. Il fut pour nous tous, enseignants et inspecteurs de langues, et tout particulièrement pour nous germanistes un véritable guide. Nous savons ce que nous lui devons et sommes tristes de l’avoir perdu. Nous ne l’oublierons pas et penserons toujours à lui avec reconnaissance.

Nous exprimons à Nancy, germaniste elle aussi, qui l’a accompagné de manière admirable, et à son fils Florian, dont il était si proche et si fier, notre profonde sympathie.

Norbert Biscons, ancien IPR de l’académie de Montpellier